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Joffrin à Libération: la main de François Hollande

Le retour de Laurent Joffrin à Libération ne saurait s’expliquer sans l’étroitesse des rapports que le journaliste entretient avec François Hollande. Leur amitié remonte à l’époque où ils étaient étudiants et elle a perduré, au fil des ans, les deux hommes possédant le même caractère qui consiste à traverser les crises sans être réellement mis en cause à titre personnel.
François Hollande a attendu d’être chef de l’Etat avant que les Français ne découvrent sa véritable personnalité qui avait été pourtant décriée par les ténors du Parti Socialiste comme Martine Aubry et Laurent Fabius qui avaient déploré sa gestion du Parti .

Laurent Joffrin a partagé sa vie entre deux journaux, un quotidien et un magazine, le Nouvel Observateur, dont le premier est en état de faillite et le second cédé pour une bouchée de pains. Ou plus exactement pour un montant permettant à Claude Perdriel de régler une partie des pertes d’exploration de l’exercice 2013. Celles-ci sont, en effet, passées de 5 millions d’euros en 2012 à 9,8 millions d’euros en 2013. Les ventes de l’hebdomadaire en kiosque et maisons de la presse avoisineraient les 40 000 exemplaires. Avec de tels résultats, le trio de repreneurs composé de Pierre Bergé, Xavier Niel, Mathieu Pigasse considérait que le sort de Laurent Joffrin à la tête du Nouvel Observateur comme au sein du journal était scellé si on ne lui avait pas fait comprendre, au plus haut niveau de l’Etat, qu’il fallait traiter l’homme avec correction. Proposition lui fût donc faite de rester au magazine comme éditorialiste. Laurent Joffrin la déclina et conclut un arrangement qui s’est traduit par sa démission.

Dans le même, temps, Patrick Drahi, propriétaire de Numéricâble, futur acquéreur de SFR et futur actionnaire indirect de Libération eût vent des relations étroites que Laurent Joffrin entretient avec François Hollande. L’occasion était trop belle pour cet homme d’affaires d’avisé de ne pas saisir cette opportunité qui ne se présente pas aussi souvent qu’on pourrait le penser. En nommant Laurent Joffrin à la tête de la rédaction, les propriétaires du titre envoient un signe d’allégeance à François Hollande qui aimerait compter sur la compréhension d’au moins un titre de la presse nationale française. Sur un plan interne, cette arrivée facilitera l’obtention des aides de la presse qui se négocient à Matignon.
Le redressement de Libération, étant, vu le niveau de ses ventes papier tombé en avril 2014, à 54 501 exemplaires (abonnements inclus), impossible à réaliser, il fallait réussir une opération de communication politique.
De ce point de vue là, Patrick Drahi réussit largement la sienne. En apportant les 18 millions d’euros qui permettent la poursuite de l’exploitation, il se pose en sauveur d’un journal qui allait disparaître. Et le financier peut même revendiquer une partie de son passé puisqu’il fait appel, pour le diriger à une figure historique.

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